Peut-on semer des agrumes? Avec l’aide de T.C.k
RQ : Les images avec un cadre magenta ont un lien internet
Oui, mais:
- Il faut généralement attendre entre 4 et 15 ans, selon la variété, pour obtenir les premiers fruits. Par ailleurs, deux années supplémentaires sont souvent nécessaires avant que les fruits n'atteignent leurs caractéristiques définitives et se stabilisent.
- Bergamotier 6 à 12 ans
- Calamondin 3 à 5 ans.
- Citronnier 4 à 8 ans.
- Citronnier galet 3 à 4 ans.
- Citronnier caviar 5 à 10 ans.
- Citronnier meyer 3 à 6 ans
- Clémentinier 7 à 12 ans.
- Kumquat 5 à 9 ans.
- Mandarinier 6 à 10 ans.
- Limetier 4 à 7 ans.
- Oranger doux (Citrus sinensis) 8 à 15 ans.
- Pamplemoussier (Citrus maxima) 10 à 15 ans.
- Pomelo (Citrus paradisi) 8 à 15 ans.
- Subarashi, Shiranui, Dekopon 6 à 12 ans
- Tangelo 6 à 10 ans
- Tangor 5 à 12 ans
- Yuzu (Citrus junos) 7 à 12 ans.
- Comment réduire le nombre d’année avant la fructification?
- Une température : une croissance continue sous serre chauffée peut réduire de plusieurs années la phase juvénile.
- Plus l'éclairement est important, plus la croissance est rapide. La lumière insuffisante est une cause fréquente de fructification retardée ou absente, en particulier pour les arbres cultivés à l'intérieur.
- La nutrition et arrosage : un arbre qui pousse vigoureusement atteint plus vite le stade adulte. Voir les pages arrosage et engrais
- Polyembryonie : de nombreux citronniers, mandariniers et porte-greffes produisent des semis nucellaires qui peuvent entrer en production plus tôt.
- Un greffage sur porte-greffe adulte.
- Une double greffe, greffez un satsuma sur un poncirus par exemple. Puis greffez une tige de votre semis sur le satsuma.
- Le citrangequat thomasville aurait une meilleure accélération que les satsumas sur la fructification des semis.
- Pour éviter toute hybridation par les insectes pollinisateurs, il est nécessaire de procéder soi-même à la pollinisation et d'interdire l'accès aux insectes. Les agrumes peuvent produire des fruits, même sans insectes pollinisateurs (parthénocarpie). En revanche, les fruits issus d’une pollinisation contiennent généralement des pépins.
- Lors des deux premières années de fructification, les fruits n’atteignent pas toujours leur qualité optimale : le goût et la maturité peuvent encore être imparfaits.
- Pour certaines variétés de semis, on peut retrouver les mêmes caractéristiques que le pied-mère, comme le yuzu, le citrangequat Thomasville, l’ichang lemon, le bigaradier, les poncirus et le citrumelo.
- Ce n’est pas le cas pour le clémentinier, le pamplemoussier ou le cédratier, qui donnent des hybrides, avec des graines dites zygotiques. Sinon, il faut faire une pollinisation manuelle et protéger la fleur des abeilles avec un sac en papier par exemple. Voir la page Vidéos et Corse : ils inventent les agrumes de demain Jamy Gourmaud
- Les autres variétés d’agrumes, leur pépin renferme plusieurs embryons et donne plusieurs plantes qui se développent à partir d’une seule graine. On appelle ces graines des polyembryonnées. Il faudra choisir le plus gros plant et ne pas prendre les plus petits qui sont zygotiques.

- Semez rapidement, ou gardez-les au frigo, maximum 3 mois, ou mieux encore le fruit entier dans le bac à légumes. Le passage au froid favorise la pousse des semences. Un pépin sec ne germe pas.
- Température pour la levée doit être supérieure à 18°C.
- La température idéale pour la pousse est 24°C la journée et 19°C la nuit.
- Un éclairage de plus de 2500 lux pour une utilisation journalière de 14h environ avec une lampe pour plantes de type aquarium. 5000 à 6500K (LED blanche).
- Gardez une humidité constante mais sans excès.
- Voir la fiche INRAE sur les semis
- Le yuzu ne craint pas trop les maladies en semis, il servait de porte-greffe mais donnait une année sur deux
- Le citronnier n’est pas trop mal non plus, côté maladie, sauf la gommose.
- Ce n’est pas le cas de toutes les variétés, sujettes à de nombreuses maladies. Il est vivement conseillé de greffer ce semis sur un porte-greffe qui supporte les maladies, si c’est en pleine terre. Cependant, il n’y a aucun porte-greffe qui soit immunisé à 100% contre toutes les maladies.
- Le poncirus trifoliata apportera une rusticité relative, une accélération de la mise en fruit pour les greffons de semis (preuve non encore apportée) et un meilleur goût du fruit. Ne pas utiliser en terrain calcaire.
- Le semis de Poncirus trifoliata et autres porte-greffes est vivement conseillé pour servir de porte-greffe des plants qui iront en pleine terre. Il est recommandé d'utiliser des pots aussi hauts que possible afin de favoriser le développement des racines pour les sujets en pleine terre, notamment la racine pivot.
Quel avantage de semer?
Aucun! Sauf le plaisir d’avoir une belle plante pour laquelle il faudra attendre longtemps pour avoir des fruits. Et on ne sait pas quel cultivar cela donnera. Ou si on veut récupérer des variétés hors d’Europe, car il est interdit de ramener des plantes ou boutures sous peine d’amener des maladies non encore en France, voir la page Passeport. Pour gagner du temps, on peut greffer sur un poncirus âgé, ça accélère un peu la mise à fruit. Ou mieux, la double greffe, Poncirus/Satsuma/Greffon.
Privilégiez les autres méthodes. La greffe est la seule à s’adapter aux maladies et à la nature du terrain. Mais il faudra prévoir de faire pousser ou acheter des des porte-greffes au moins 2 ans avant la greffe. Voir les méthodes de greffe.
Le marcottage et la bouture donnent un clone exact de l’arbre mère. Le marcottage donne de meilleurs résultats, mais il demande à avoir accès à l’arbre mère pendant plusieurs mois. La bouture est plus difficile, selon les cultivars. Les racines sont souvent moins développées par rapport aux semis ou aux greffes car il n’y a pas toujours de racine pivot. Ces plantes sont plus fragiles, en pleine terre, au vent et à la sécheresse. Mais pour les plantes en pot, ces procédés fonctionnent très bien pour les citronniers, les cédratiers, les limes et les caviars.
Il est possible de faire une greffe et une bouture en même temps. Voir la vidéo. On peut se demander le nombre de succès de cette méthode, principalement pratiquée en Italie.
Ci-dessus, l’estimation du temps pour avoir des fruits. La mise à fruit de la bouture peut être de 3 ans pour certaines variétés.


Du pépin a la première fleur en quelques semaines par TY CITRIK
Au cours de leur développement de nombreuses plantes ligneuses issues de semis passent par une phase juvénile caractérisée par une absence de fleurs ainsi que de nombreux traits distinctifs relatifs à la forme des feuilles, la croissance, la forme des rameaux et la vigueur. Chez les agrumes, le stade juvénile est marqué, outre l’absence de fleurs, par une forte vigueur, un port érigé/dressé et la présence de nombreuses épines de grande dimension.
Généralement, les agrumes issus de semis fleurissent au bout de 3 à 10 ans selon les variétés : 3-4 ans pour les citrons verts, 5-6 ans pour les citrons jaunes, 5-7 ans pour les mandarines, 6-7 ans pour les oranges douces, 7-8 ans pour les pomelos, 10 ans et plus pour les pamplemousses. Mais certains cultivars de Tangelo obtenus dans le cadre de recherches agronomiques ont mis plus de 20 ans avant de commencer à fleurir ! Et sur un même plant, le passage de la phase juvénile à la phase mature ne se produit pas au même moment partout. Les départs issus directement du tronc (les gourmands) produisent automatiquement des branches en phase juvénile qui ne produiront des fleurs que sur les rameaux issus des bourgeons auxiliaires 1 à 2 ans plus tard.
La très longue durée de la jeunesse, de la graine à la floraison, est l’un des principaux obstacles au développement de la sélection des agrumes ; elle constitue un défi pour les programmes d’amélioration génétique. Les chercheurs et les producteurs ont adopté différentes stratégies pour tenter de la réduire telles que l’utilisation de porte-greffes à faible développement, l’application de phyto-régulateurs ou la soumission des plantes aux stress abiotiques (effeuillage, annelage, basses températures, sécheresse, etc.). La plus efficace s’est avérée être celle qui consiste à greffer des rameaux immatures de jeunes plants sur des arbres adultes et à former les plants greffés sur des treillis horizontaux. Cependant, cette méthode n’est pas en mesure de raccourcir la juvénilité des semis au-delà de trois à cinq ans.
Paradoxalement, la floraison précoce chez les jeunes plants âgés de quelques mois à 1 an est un phénomène connu chez de nombreux cultivars d’agrumes à phase juvénile très longue, notamment les pomelos, les yuzus, les mandarines et leurs hybrides avec un taux moyen d’occurrence d’environ 6 %. Les accessions d’agrumes produisant des plants à floraison précoce constituant un matériel intéressant pour obtenir rapidement de nouvelles variétés, les mécanismes génétiques qui régulent la floraison font actuellement l’objet de nombreuses études.
Les premiers résultats indiquent que la combinaison de plusieurs gènes est nécessaire pour induire une floraison précoce et viable permettant la fructification. Les études impliquant la modification simple des gènes habituellement impliqués dans la floraison précoce d’espèces proches (LEAFY ou APETALA 1) n’ont engendré que des plants à la floraison anormale empêchant toute fructification.
La floraison précoce a été observée principalement chez les plantules zygotiques (issues d’embryons résultant de la fécondation du pistil par du pollen et comportant un patrimoine génétique issu des deux parents) issues de pomelos, pamplemousses, yuzus et mandarines, indiquant que les gènes impliqués ne sont pas dominants. En hybridant de nouveau les plants ayant eu une floraison précoce avec l’un de leurs parents, on obtient avec certaines combinaisons une floraison intervenant dès la 1re année après le semis dans 30 % des cas avec l’hybride HY16 [yuzu × (yuzu × tachibana = hanayuzu)]. Et même 71 % en rehybridant le HY16 avec le pamplemousse « Foster Pink », une des rares variétés dont les plants issus d’embryons nucellaires présentent une floraison précoce et fréquente.
Le bourgeon floral se développe à l’apex de la pousse dès que la plantule a développé en moyenne 9 feuilles. Il produit une fleur unique qui éclôt généralement au cours du 8ème mois suivant le semis, au bout de 18 semaines pour les plus précoces observés !
Cette fleur précoce présente très souvent un calice imparfait composé de trois à cinq pétales de forme irrégulière. Si la fleur présente un pistil fonctionnel, elle est atteinte de stérilité mâle ; elle ne produit pas de pollen ou celui-ci n’est pas viable. Aux générations suivantes, les hybrides issus des pomelos et pamplemousses se remettent à produire des fleurs parfaites (pistil fonctionnel et pollen viable). De leur côté, les hybrides issus de yuzus et mandarines sont tous affectés de stérilité mâle ; ils présentent une plus forte propension à la parthénocarpie et leurs fruits ne comportent pas de pépins.
Si dans la réalité, à notre niveau, l’obtention de fruits jusqu’à complète maturité issus de plants francs de moins de 2 ans est illusoire, en laboratoire, les chercheurs y parviennent en seulement 22 mois sur le HY16-G (HY16 × « Foster Pink ») !